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La Maison aux Trois Visages révèle trois pignons médiévaux à Dijon

Éléonore Vauquelin 6 min de lecture
Maison aux trois visages à Dijon, pignons médiévaux

À Dijon, la Maison aux Trois Visages se reconnaît à l’angle de la rue de la Liberté et de la rue Bossuet. Cette demeure médiévale à pans de bois compte parmi les rares témoins encore visibles de l’architecture civile bourguignonne de la fin du Moyen Âge. Sa silhouette, ses trois pignons et les restaurations récentes permettent de lire plusieurs étapes de son histoire.

Un repère patrimonial au croisement de la rue de la Liberté et de la rue Bossuet

La Maison aux Trois Visages se trouve dans le centre historique de Dijon, au point de rencontre de la rue de la Liberté et de la rue Bossuet. Ce secteur est parfois appelé le « coin du miroir ». Sa position d’angle offre une vue sur plusieurs façades et explique sa forte présence dans la rue. Pour l’observer, il suffit de lever les yeux : les étages à pans de bois se détachent au-dessus du rez-de-chaussée en pierre.

Maison aux Trois Visages de Dijon avec ses trois pignons et ses colombages rouges
Maison aux Trois Visages de Dijon avec ses trois pignons et ses colombages rouges

Le bâtiment est présenté comme le plus ancien édifice conservé le long de la rue de la Liberté. Cette conservation prend un relief particulier dans une ville transformée par les opérations d’alignement et d’élargissement des XIXe et XXe siècles. À partir du XVIIe siècle, les constructions en pans de bois ont aussi été limitées, notamment à cause des risques d’incendie. Les demeures médiévales de ce type sont donc devenues plus rares.

Peut-on visiter l’intérieur ?

La Maison aux Trois Visages se découvre avant tout depuis l’espace public. Les informations patrimoniales disponibles portent sur les façades, la charpente et les travaux de conservation, sans signaler de visite intérieure régulière. Il faut donc considérer le monument comme un édifice à admirer depuis la rue, en prenant le temps de comparer ses différentes parties et ses pignons. Une pharmacie a occupé le rez-de-chaussée de 1821 à 2025, ce qui rappelle que le bâtiment a longtemps conservé un usage quotidien.

Pourquoi la maison porte-t-elle ce nom ?

Son appellation vient de ses trois pignons, qui donnent à l’édifice ses « trois visages ». La maison ne forme pas un ensemble parfaitement uniforme : ses façades révèlent un assemblage de parties construites ou remaniées à des périodes différentes. Les deux pignons situés du côté de la rue Bossuet sont les plus anciens identifiés, tandis qu’un troisième correspond à une phase ultérieure.

Localisation de la Maison aux Trois Visages à Dijon
Élément à observer Ce qu’il révèle
Trois pignons accolés L’origine du nom et la composition progressive de l’édifice
Rez-de-chaussée en pierre Un socle résistant qui porte les étages
Étages en encorbellement Des niveaux supérieurs qui avancent légèrement sur la rue
Colombages et croix de saint André La structure porteuse en bois et son remplissage traditionnel

Lire une façade à pans de bois

La maison repose sur un sous-bassement en pierre. Au-dessus, les niveaux sont construits en pans de bois et avancent en encorbellement. Cette technique augmente la surface habitable des étages sans élargir le rez-de-chaussée. Entre les pièces de charpente, le hourdis désigne le remplissage, ici associé à des motifs en croix de saint André. Les colombages ne sont donc pas un simple décor : chaque poutre participe à l’équilibre de la façade.

La patine d’une maison à pans de bois ne se limite pas au brunissement du matériau ou à l’irrégularité des façades. Elle se lit aussi dans les reprises de charpente, les joints, les enduits et les traces laissées par l’écoulement de l’eau au fil des siècles. Ces détails montrent pourquoi une restauration patrimoniale ne cherche pas à rendre le monument neuf. Elle vise à préserver sa matière, ses traces d’usage et sa stabilité.

Une chronologie médiévale précisée par les bois

La Maison aux Trois Visages date du XVe siècle. Les archives municipales la mentionnent en 1494, mais l’étude de ses matériaux permet de préciser la chronologie de certaines parties. La dendrochronologie, qui analyse les cernes de croissance des arbres, sert à dater l’abattage des bois employés dans la structure.

1437-1438 pour deux pignons, 1451 pour le troisième

Les résultats indiquent que les bois de deux pignons situés du côté de la rue Bossuet ont été abattus entre 1437 et 1438. Le troisième pignon est daté de 1451, soit environ quinze ans plus tard. Ces écarts suggèrent que l’édifice n’a probablement pas été construit comme un bloc strictement homogène. Ils permettent de distinguer plusieurs phases, sans assimiler la date d’abattage des arbres à une date de chantier absolument certaine.

D’autres informations évoquent des bois abattus entre 1436 et 1438, une construction située dans les années 1470 ou encore une maison voisine datée de 1571. Ces repères ne concernent pas nécessairement le même élément. Une datation de bois, une mention d’archives, une phase de transformation ou un immeuble adjacent ne se superposent pas automatiquement. Il faut donc distinguer la maison principale de la construction voisine et séparer les différentes campagnes du bâti.

Un monument historique restauré avec des méthodes de conservation

La Maison aux Trois Visages est classée au titre des monuments historiques depuis 1971, par un arrêté daté du 3 février. Cette protection concerne la charpente, les façades et le témoignage offert par cet habitat urbain médiéval dijonnais. Elle impose aussi une attention particulière lors des interventions sur les matériaux anciens.

Le chantier engagé à partir d’avril 2023

La restauration a commencé en avril 2023 dans le cadre du projet municipal « Façades Liberté », avec la participation de l’État et de la ville de Dijon. L’archéologie du bâti et la dendrochronologie ont accompagné le chantier. Avant de réparer, les intervenants ont documenté les éléments conservés, identifié les phases de construction et recherché les traces des finitions anciennes.

Les travaux ont porté sur les poutres, les pierres, les enduits, les joints de briques, les menuiseries et les avant-toits. Des tablettes, des bavettes et des descentes d’eau en cuivre contribuent aussi à protéger les façades du ruissellement. La restitution des avant-toits en saillie répond donc à un double objectif : retrouver une disposition historique et éloigner l’eau des parois fragiles.

Pourquoi les colombages sont-ils rouges ?

La couleur rouge visible sur les pans de bois ne vient pas d’un choix décoratif contemporain. Les investigations ont révélé d’anciennes couches de badigeons de chaux colorée, qui ont guidé le retour des teintes. Associée à des hourdis plus clairs, cette polychromie rend l’ossature plus lisible. Elle rappelle aussi que les maisons médiévales n’étaient pas nécessairement laissées dans l’aspect sombre du bois vieilli.

Les restaurations des parties situées aux numéros 54 et 56 ont été signalées en 2024, puis la partie gauche du numéro 56 en 2025. Les travaux de la maison à colombages adjacente se poursuivent en 2026. La conservation d’un monument ancien repose ainsi sur un suivi régulier de la structure, des enduits et de l’évacuation des eaux.

Éléonore Vauquelin

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